lundi 17 novembre 2025

BLESSURE


 

Toi à l’écoute

De ces mots qui déchirent

Chaque filtre du temps

À l’écoute

Du fleuve qui inonde

De ce flot qui dévaste

De ce verbe qui empoigne

De ces mots qui broient

Toujours restaurés

Toujours renaissants

Écoute le poète

Étreignant la vie

Poursuivant l’unité

Rassemblant les hommes

Dépouillés de leur nom


LOIN DE TOUT REGARD

 

 

Loin de tout regard

La vie

Sans arrêt

Partout

Se meurt

L’oiseau est abattu

Par un tir précis

L’insecte expire

L’arbre disparait

Et par millions

Des hommes

Succombent

Et vont

Vers la tombe

LES ÉQUILIBRISTES DU DIRE

 


 

Les équilibristes du dire

Taisent leur mal de vivre

En maquillant leur quotidien

D’une rime, d’un refrain

En constant équilibre

Ils perdent pieds et se défilent

Les équilibristes du dire

Voyagent dans leurs délires

Étrangers aux souvenirs

Ils habitent la démesure

Ont les montrent du doigt

Quelquefois

Ils se font étoile filante

Et c’est timide qu’ils se retirent

Dans l’obscurité du partir

MON VILLAGE

 


 

Mon village qui s’inscrit

Au pied de la colline

Aux pentes fleuries

Les arbres témoignent

De leurs branches, de leurs rêves

Un village qui s’éveille

Il couvait sous la braise

Un village qui s’écrit

Au fil des âges

Engendrant l’embellie

Un village de racines

Un village qui s’achemine

Tourné vers l’avenir

Un village d’hier et d’aujourd’hui

Un village qui s’écrit

En lettres de survie

Sur le parchemin

Dans la main du destin

LES ÉMIGRÉS

 

 

Quand on vient d’ailleurs

Sans bagage

Les mains dans les poches

Une larme dans le cœur

Vêtue de loques

Quan don vient de nulle part

Que l’on est des réfugiés

Seuls, orphelins, délaissés

Qu’on lèche les vitrines

D’une ville mutine

En battant la semelle

Sur un trottoir au soleil

Que l’on parle bas

Afin que les gens n’entendent pas

Que l’on tend la joue droite

À la vie ingrate

C’est que l’on vient d’ailleurs

Et que l’on porte son malheur

Un sanglot dans le coeur

L’HISTOIRE D’ICI

 

 

J’ai réhaussé les mots

Entre les sillons de l’écho

Pour faire germer la lumière

Avec mon grain de folie

Sans autre chose qu’un idéal

Le clocher a sonné l’angélus de midi

J’ai osé retourner les mots

Dans d’autres envies que l’espoir

La nuit fait mentir le miroir

J’ai voulu habiter les mots

Comme l’on entre chez soi

Je n’ai pas fait tant de chemin

Pour rien

Le présent lira dans les mains

Aurais-je le temps qu’il faudra
aurais-je assez de voix

Aurais-je le cœur pour le dire

Que j’aime mon pays

Au point de l’écrire

NUITS BLANCHES

 

 

Des nuits blanches

A détricoter l’envers du jour

Entre silence et vérité

D’aller-retour en grands discours

Apprivoiser l’aube frileuse

La transparence de la lumière

Croquer la vie

Comme un fruit amer

L’âme à rebours

Cheveux épars sur l’oreiller

De courses folles en souffles courts

Redevenir ce vieux tison

Dépasser l’âge et l’horizon

LA BARQUE

 

Comme une barque qui dérive

Battue au vent de la colère

Sur la rivière de mes révoltes

Je suis porteur de missives

Vêtu de vos accoutumances

Je cherche refuge sur la rive

Où la rivière meure d’impatience

Et moi pauvre barque je dérive

Le temps noie mes espoirs

J’en perd la mémoire

Le crachin me farde

Je dérive dans l’aube blafarde

Ma morsure prend l’eau

Le temps me fait défaut

J’accosterai un beau matin

Poussé par le vent malin

Vous serez au rendez-vous

Immobile figure de proue

Avec la lourdeur de l’âge

Que le silence a fait sage

LES ENFANTS VAGABONDS

  

Les enfants turbulents

Ne se calmeront jamais

Dans la chaleur de leur âme

Il y a tant de secrets

Comme cueillir une rose

Qui ne s’ouvre pas tout à fait

Dans le jardin des choses

Qui ne meurent jamais

Les enfants grandissants

Ont le cœur aux aguets

Dès les premiers rayons de l’été

Où le soleil joue

Dans leur cheveux fous

Ils se sentent pousser des ailes

Mais ont peur de devenir vieux

Ce qui rend leurs regards langoureux

Les gitans de l’amour

Qui mordent dans la nuit

Romanichels d’un jour

Bohémiens pour la vie

SEPTEMBRE

 

 

Dans septembre de mon village

Saison neuve sous châle d’ennui

Un peu de buée aux fenêtres

On s’invente des voyages

L’amour au bastingage

J’ai froid à mon âme vagabonde

J’apprivoise le silence

Paré dans ses allures fières

Balisé de souvenances

Où le temps d’âge se repère

Sommeil bordé d’errances

J’ai pour coutume de me taire

Pour mieux apprivoiser le silence

LA CORBEILLE DE L’ÉTÉ

 

 

Dans la corbeille de l’été

J’ai mis de l’amitié

Des fleurs épanouies

Du bonheur, de l’envie

Des fleurs endimanchées

Aux bonnes odeurs parfumées

Au soleil, à l’espoir

Aux promesses d’un soir

J’ai cueilli des primevères

Qui ont fleuri à moitié

Je sème aussi à tous vents

Mes rêves fleurissants


LES VIEUX

 


 

Les vieux parlent de la nature

Ils triment du matin au soir

L’âme a se taire

Avec comme repos l’espoir

Les vieux parlent de liberté

Bien attelés aux harnais

Ils parlent de bonheur

Et aussi de malheur

Les vieux ne veulent pas mourir

Avant de tout accomplir

Ils sont pourtant morts chez eux

Et dire qu’ils demandaient si peu

L’AMI SINCÈRE

 

Il a la larme facile

Le sourire généreux

La patience inusable

Un beau regard

À ramener le ciel sur terre

Bleu comme la mer

Se rit du temps et de l’heure

Il vit dans un temps ailleurs

Il aime danser

Il aime s’amuser

La sagesse bienheureuse

L’ami d’hier

Et aussi celui d’aujourd’hui

TROP GRANDS POUR MOI

 

 

J’ai appris à marcher

Avec des souliers trop grands pour moi

Qui me blessaient les pieds

Et le cœur au fond de moi

Un homme ça ne pleure pas

Alors on serre les dents

En maudissant le vent

Qui soufflait sur moi

Plus loin sur mon chemin

J’ai croisé l’orgueil

Qui m’a dit relève la tête

Faute de rester bête

J’ai mordu dans ma fierté

Pour ne plus être un enfant

J’ai passé mon émoi

Qui sanglotait gêné

Entre l’âge et le temps

J’ai retrouvé mon pas

J’ai pleuré la nuit

Sur mes petits habits

Encore trop grands pour moi

USURE

 

 

J’ai usé mes souliers

À baliser mes rêves

J’ai brulé ma vie

Aux lèvres du désir

J’ai usé de faim

Le fruit de mes entrailles

Sans assouvir

L’excès de mes ripailles

J’ai usé d’infortune

De paroles, de gestes

J’ai usé mes scrupules

Dans le parfum des proses

J’ai usé de tendresse

De malice, d’envie

En faisant mon lit

Moelleux d’ivresse

J’ai usé les paroles

Habillées de poésie

J’ai usé de ruses

En chevauchant les mots

Il ne me reste que la muse

Un peu folle qui m’use

 

INFINITUDE

    La tendresse Infinitude Sans rives Les champs soupirent Au rythme de mes pas   Connais-tu la mesure De la tendresse ...