mercredi 22 mai 2024

LE JOUR SUSPENDU

 


 

Une lumière luit

L’eau se ride

Un jeu dans le verre

Posé

L’horizon est brassé

Par le vent

Une feuille l’ombre

Attendent là

On pourrait croire

Que quelque chose

Se prépare

Mais mon seul jour

Est suspendu

Et la vérité dans l’absence

CHERCHER UNE PLACE

 

Que veut-il ?

Dire encore

La nuit est si lourde

Le corps cherche

Une place

Un jeu de jour

Un rire perdu

Il ne sait

Plus de qui

Sur les vitres

Ne cesse

De tomber la pluie

À côté on perçoit

Un bruit indéfini

Un souffle intermittent

Un instant de vie

MÈRE

 

J’ai toujours aimé

La douceur de tes mots

Et celle de tes gestes

Bienveillants

Qui m’ont fait penser souvent

Au chagrin que tu as eu

A la perte de ton premier enfant

Tu as du vivre dans la peur

Le doute, le tourment

 

Je n’ai peut-être

Pas toujours compris tes craintes

La vie est un long voyage

Fait de bonheur et de naufrages

Tu as eu ta part d’ombrages, de drames

Sur cette route

Semée d’embuches de doute

De tristesse de déroute

Sur cette longue route jonchée d’épines

IL FAUT PASSER LE TEMPS

 


On croit que c’est facile

De ne rien faire

Mais c’est très difficile

Difficile come tout

Il faut tuer le temps

C’est tout un travail

Pour passer le temps

C’est un travail de titan

Du matin au soir

Du soir au matin

Je ne faisais rien

J’en avais les moyens

Quelle triste histoire

J’aurais pu tout avoir

Ce que j’aurais voulu

Si je l’avais voulu

Je l’aurais eu

Mais je n’avais envie de rien

de rien

 

LE CIREUR

 

Il en a du mérite

Le petit cireur de rue

Le grand homme blanc

Abandonne son soulier sur le banc

Contre une misérable pièce de monnaie

Sans regarder le soleil miroiter

Sur ses pieds

Il se perd dans la foule

Emportant la lumière

Que l’enfant a emprisonné

Sur ses souliers

En véritable homme de métier

Avec sa vieille brosse usagée

Et un vieux chiffon effiloché

Un grand sourire

Tout ce qui brille dans le quartier

Est le travail du cireur

Il fait tout briller

Avec sa brosse et son chiffon

Et son grand sourire

Et en plus une chanson

La chanson du cireur

Qui distribue le bonheur

MYSTÈRE

 

Les yeux ouverts

Sur la nuit mystère

Dès le crépuscule

Les sens s’éveillent

En quête de ce qui vient

Les yeux toujours ouverts

Quand l’air transporte

Une odeur de fleur

De rose et de lilas

La nuit rejoint

Ceux du matin

Avec un profil de déesse

Et un sentiment de tendresse

MOUVEMENT

 

Mon regard perçoit

Devant moi

Ce gigantesque miroir

Le sable mouillé

Par la vague

De cette mer qui va

Et qui vient

Il est midi sans ombre

La peau salée au soleil

La vague déchire le silence

Frôle les choses, les entraine

Elle verse à mon oreille

La musique de la mer

J’entend très peu le jour

La nuit de loin sur la colline

Musique des vagues qui cassent

L’espace dans un va et vient

D’air marin

ON A FRAPPÉ

 

Je crois bien qu’on a frappé

Qui est là ?

Personne, on ne répond pas

C’était seulement mon cœur qui bat

Qui bat très fort

À cause d’une attente

Qui se fait attendre

Dehors

Le heurtoir de bronze

Fixé sur la porte en bois

Reste silencieux

Il ne bouge pas

Ne remue pas

Ne remue pas

Seulement le petit bout du doigt

LE MAGNIFIQUE (Au bout du chemin)

 

Il a pris son outil

Vieil outil usé

D’avoir trop servi

Tranchant, limé

Manche de frêne lissé

Par le cal des mains

Alors il est encore parti

Encore une fois vers sa vigne

À petits pas hésitants

Heureux de la retrouver

Après son séjour à l’hôpital

Et les semaines d’ennui

Et de désespoir insensé

Dans l’air enivrant du renouveau

Il s’est appuyé sur un piquet

De la vieille vigne familière

S’est affaissé vers sa terre

Comme pour une dernière prière

On l’a retrouvé

La face posée sur sa terre aimée

DOUTE

 

Le passé s’est remis

À peser

On sent s’éloigner

La lumière

On ne se fixe

Que sur l’étrange

Les distances

Qui vous séparent

Les yeux ont peine

À reconnaitre les objets

On reste pétrifié

Fasciné

Comme face à un serpent

HÉSITATION

 

On a perdu la main

Peut-être même un peu

La tête

On oublie les choses

On se cherche

Sans se retrouver vraiment

On entre en amnésie

De ce qui revient

Sans vraiment revenir

Pour enfin se perdre

Un peu plus loin

Un pan de vie

Un clin d’œil

Qu’on ne voit pas

Qu’est-ce qu’on trouve

Dans ce qu’on perd ?

 

ÉCLIPSÉE

 


La nuit est sombre

La lune s’est éclipsée

Les nuages se déplacent

Se renouvellent

Chaque chose

Est un mystère

C’est la passion

Qui mène les choses

Qui fait se mouvoir

Le balancier

Les cieux et les étoiles

Leur lumière est un feu

Endormi qui les consume

Et elles deviendront

Étoiles filantes

Que le vent

Les gestes apaisent ce feu

La survie de la paix

En dépend

 

 

DEUX CORPS

 

Deux corps

Qui dansent

Comme deux ailes

Qui propulsent la mouette

Au-dessus de la mer

L’oiseau se pose

Sur une borne du port

Avant de reprendre

Son vol

Ses ailes claquent

Dans le vent

Laissant en s’envolant

Une petite plume

Grise

Qui vrille et voltige

Dans le vent

TRAVERSÉE DE L’ESPACE

 Deux lumineuses

Tâches de soleil

Traversent l’espace

D’où viennent elles ?

Ce n’est qu’une image

Qui se déplace

Un instant volé

À l’ombre

Qui se profile

Quelqu’un

S’il venait

Ne verrait rien

On voit des feuilles

Des tiges misérables

Dans chaque objet

Sombre déjà

Un pauvre crépuscule

 

 

RÉFLEXION

 

En promenant

Dans ce jardin

Je réfléchis

Je vois passer

Défiler ma vie

Il y a du soleil

Des fleurs

Des bruits d’eau

Il y a aussi ce qui

S’en va

Des cris d’enfants

Il y a ce qui

Ne se voit pas

Qui est là tout près

On lui fait un signe

Il ne se retourne pas

vendredi 3 mai 2024

CE QU'ON TROUVE

 

Ce qu’on trouve

Souvent

Ne ressemble à rien

On voit

Du jaune, du gris

Un rire, un sourire

Ou un jeu

De silence

Resté oublié

On ne sait plus

Qui on est

Dans ce qui recule

À quoi se raccrocher

Comment se reconnaître

Dans ces incertitudes

 

 

LA LUMIÈRE

  

Ce sont

Les mêmes lumières

Les mêmes mouvements

Des feuillent qui bougent

Sur un front gris-bleu

Le même ciel

Peut-être pas

Il est si changeant

Le même paysage

Qui recommence

Dans les yeux

Aux couleurs

Si différentes

Pour raconter

Les mêmes mots

Quelques cris brefs

Et toujours autre chose

LE JARDIN

 

Je revois

L’arbre

La haie

Le jardin

Avec sa clarté

Et ses coins obscurs

Ce que l’on ne sait pas

Expliquer

Mais que l’on admire

L’herbe si verte

Et le ciel comme couronne

Jusqu’où peut aller

Le regard

Les choses, les gestes

Le jardin

Dans son immobilité

Comme pris de stupeur


QUESTION

 

C’est impossible

Et pourtant

Il faut

Continuer

Recommencer

La lumière

Toucher la vitre

Si peu de temps

Le jour n’est

Que son nom

L’oiseau chante

Dans la haie

Le printemps vient

Et puis s’en va

Ceux qu’il laisse

Derrière crient

Non reste

Ne part pas

Impossible dit-il

LE VENT

 

Qu’est-ce qui se balance

Se jette

Se rattrape

Fouette les corps

Les visages

Qu’est-ce qui

Se trouve

Se cherche

Bouscule le jour

Bouscule la nuit

Tu y es, c’est ça

Pour qui, pour quoi

Le vent fait-il ça ?

LE SOLEIL

 

Qu’est-ce qui

Vous éclaire

La journée

La lumière montante

La lumière descendante ou déclinante

Les enfants qui jouent

Dans le sable

De la plage

Leurs cris

Le vent un peu

Plus frais

Qui fait vivre

Les images

Dans les courses

Dans les rires

Tout reste là

Pour toujours ou

Jusqu’à la tombée

Du jour

LA PLUIE

 

On aimerait

Être comme la pluie

Qui tombe

En fines gouttes

Qui coulent

Se faufilent

Glissent

Dans le moindre

Interstice, s’enfoncent

Dans l’obscur

Ou rien ne va

En attend là

Que quelque chose

Pollen, tige, paille,

Cocon, pupilles,

Se mettent à revivre

CHERCHER

 

Il continue

Puis s’arrête

Comme le vent

Comme le temps

Que cherche-t ’il ?

I ne l’a jamais su

L’espace

Qui se modifie

Un jour, un silence

Habité

Aujourd’hui

Une rumeur

Vide de sens

 

L'AÏEUL

Bien sûr

Il ne voit rien

Il sent simplement

Ses douleurs

Ses tourments

Le froid

Aux extrémités

Alors pourquoi

Continuer

Peut-être l’habitude

Un espoir dérisoire

De voir défiler le temps

Admirer les arbres

Et leur feuillage

L’herbe encore verte

Et aussi

Ces visages qui pleurent 

NAUFRAGE

 

Il ausculte la fatigue

Qui règne au fond

De ses yeux

Entourés de cernes mauves

En pente douce

Il s’enfonce

Dans ce naufrage

Se laisser aller

À perdre sa voix

Ne se reconnaît plus

Il n’entend

Qu’un silence lointain

Chaque

Image

Est un débris du temps

Un brouillard

Au fond des yeux

Qui se nomme désespoir

Pour le reste on ne voit rien

Pourtant tout est là

LE JOUR

 

Traverser le jour

Est un exploit

La lumière

A tant de noms

Elle devient ombre

Puis sombre

Il faut choisir

Entre attente et oublie

Saisir l’instant

Présent

Saisir ce qui vient en face

Tourner le dos

À ce qui s’en va

Arrive ensuite la nuit

La lumière expire

Au fond d’un gouffre

Sans fond

Dans l’attente du matin

Qui redonne la vie

À demain

A COUP DE GUEULE

 

Je me ferai

Coup de vent

Verglas,

Buveur de continents

Et des nuages

De renaître

Pour revenir

Coller mon nez

Hier printemps

Automne, été

Aux mémoires

De vos fenêtres

 

 

BUVEUR DE CONTINENTS

 

Je me ferai

Coup de vent

Verglas,

Buveur de continents

Et des nuages

De renaître

Pour revenir

Coller mon nez

Hier printemps

Automne, été

Aux mémoires

De vos fenêtres

 

 

LE TEMPS QUI COURT

 

Le temps qui court

Est lumière

Voyage balise

Mystère

Errance

Et frisson de vie

Le temps qui court

C’est un sonnet

Qui rime avec

Le temps qu’il fait

Quand mon enfance

Parle du pays


LE TEMPS

 

 

Le temps qui court

A aucun nom

On le nomme

À sa convenance

Selon qu’il soit

Fanfaron

Selon qu’il soit

Fanfaron ou misère

Le temps qui court

Est accroché

À vos lèvres

À chaque instant

Il est le vent

Il est la liberté

Amour pirate

Ou prétendant

INFINITUDE

    La tendresse Infinitude Sans rives Les champs soupirent Au rythme de mes pas   Connais-tu la mesure De la tendresse ...